circonscription européenne
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MESSAGE A L'OCCASION DE La gouvernance de la planète Les 9 et 10 décembre 1974, les chefs d’Etats ou de gouvernements des neuf Etats membres de la communauté économique européenne se réunissent à Paris à l’invitation de Valéry Giscard d'Estaing, récemment élu président de la République française et ils décident du principe de l’élection du Parlement européen au suffrage universel. Cette étape cruciale dans la construction européenne donnera naissance à une curiosité politique planétaire : la dimension parlementaire d’une institution internationale qui, à compter de 1979, disposera d’un parlement européen élu au suffrage universel. Soucieux d’améliorer leur coopération, les « Neuf » confient au belge Léo Tindemans la mission de réfléchir à la création d’une Union européenne qui dépasserait le stade de l’intégration économique. Les idées du fédéraliste Léo Tindemans ne seront pas toutes reprises mais déboucheront, en janvier 1992, sur le traité de Maastricht qui institue une citoyenneté européenne, une politique extérieure et de sécurité commune (PESC) et fixe les étapes du calendrier qui doit aboutir à la création de l’euro. 30 ans après la première élection au suffrage universel du parlement européen nous assistons à un curieux paradoxe : alors que les citoyens réclament la prise en compte de leurs légitimes aspirations et que, répondant à ces attentes, le parlement européen, élu par les peuples, voit son rôle politique augmenter, voici que la participation aux élections européennes ne cesse de diminuer. A ce paradoxe, nous devons répondre par l’action et convaincre nos concitoyens de l’utilité des instruments politiques européens pour vivre nos valeurs à commencer par la prospérité durable dans la paix. Nicolas Sarkozy a raison lorsqu’il martèle à Nîmes le mardi 5 mai 2009 : « Nous avons le choix d’être le jouet des évènements ou d’être les acteurs de notre propre histoire. Ou nous nous battons pour les valeurs qui sont les nôtres, pour le modèle de société que nous voulons, pour la croissance dont nous avons besoin ; ou ce sont les autres qui nous imposeront leurs valeurs, leur modèle de société, leurs choix économiques. » La vérité, nous la connaissons : nos instruments politiques européens ne fonctionnent pas à la vitesse que nécessite la résolution des problèmes auxquels sont confrontés les peuples et les citoyens qui les forment. Nos institutions tardent à être réformées, le marché intérieur est trop souvent l’addition de 27 marchés nationaux, nous apparaissons trop souvent comme une Union d’Etats désunis face aux Etats unis d’Amérique, nous n’avons pas de gouvernance économique, notre budget est insuffisant : bref ! L’Europe apparaît comme impuissante face à l’accélération de l’histoire. Et pourtant. Nous avons la paix ; Nous sommes le premier marché économique du monde ; Nous sommes la civilisation occidentale la plus peuplée ; L’euro, est la seconde monnaie du monde, Nos universités forment des jeunes appréciés dans le monde entier ; Nous avons une tradition administrative qui nous permet de gérer la sphère publique avec qualité ; Nous avons le meilleur système de santé au monde ; Nous avons les meilleurs stabilisateurs sociaux qui atténuent les souffrances dues aux crises ; Nous avons un magnifique territoire bordé d’océan et de mers, ensoleillé et arrosé de pluie : nous avons de l’eau, nous sommes en mesure d’avoir les croissances végétales et animales nécessaires pour nous nourrir. Alors les citoyens, et ils ont raison, vont considérer que si tout ne marche pas comme cela est souhaitable, c’est la faute des politiques. Toutefois, à la décharge des politiques, j’ai la conviction que les chefs d’Etats et de gouvernements des démocraties occidentales européennes ont tous été surpris par la rapidité avec laquelle le mur de Berlin a été détruit en novembre 1989. Ce mur de la honte symbolisait la guerre froide qui a, pour partie, été à l’origine du rapprochement entre l’Allemagne fédérale et la France au début de la construction européenne, en 1950, sous l’œil bienveillant, ne l’oublions jamais, des Américains. La destruction du mur de Berlin a été un moment de joie et d’espoir et nous n’avons probablement pas suffisamment mesuré les changements que la réunification de notre continent nous imposait. C’était il y a 20 ans puisqu’en 2009, nous fêterons les 20 ans de la chute du mur de Berlin ; c’est-à-dire, et il faut l’espérer pour solde de tous comptes, l’inscription dans nos mémoires collectives et non plus dans les faits des horreurs commises par les totalitarismes qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche. Néanmoins, plus de 50 ans après le traité de Rome de 1957 qui a posé les bases de l’Union européenne, cette dernière peut afficher un bilan qui est un immense succès en termes de paix, de prospérité et de fraternité entre les peuples européens. Dans le même temps et face à la crise, les réponses des européens ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux : sans la volonté ferme de Nicolas Sarkozy à l’automne 2008 aurions nous pu faire face à la crise financière et protéger les épargnants ? Cette fragilité que chacun ressent face aux défis qui sont devant nous, doit nous interpeler. Entre des nations qui ne sont plus assez fortes et l’Union européenne qui est encore trop fragile, les peuples et leurs représentants doivent agir. La question n’est plus de savoir si nous devons aller vers plus ou moins de fédéralisme européen. La question qui est devant nous est celle de la gouvernance de la planète. Certains diront que les peuples européens et leurs gouvernements n’ont pas eu la volonté politique d’ajuster la vitesse de l’évolution européenne à celle liée aux changements planétaires et, que de ce fait, la construction européenne tomberait en désuétude puisque le nouvel enjeu devient la planète. Les mêmes ajouteront que puisque le continent est pacifié et réuni, l’Union doit se dissoudre. Nombreux sont les citoyens qui ne croient pas à une Union politique à vingt-sept ou trente pays. Au-delà des imperfections internes à l’Union européenne (institutions, marché intérieur, acteur global, Europe sociale, union douanière, budget etc…), le défi qui est devant nous est la construction de la gouvernance du monde. L’enseignement principal du 20 èm siècle est que le « tout marché », cela ne fonctionne pas et que le « tout administré », cela ne fonctionne pas non plus. L’enseignement principal de la crise que nous traversons est qu’il devient urgent d’organiser la gouvernance planétaire. Dans ce contexte nous, les Européens, devons nous organiser pour influencer cette gouvernance planétaire en construction pour y vivre nos valeurs : la paix, les droits humains, la liberté, la démocratie, l’Etat de droit, la justice, la dignité humaine, le travail, l’égalité des genres, le pluralisme, la responsabilité, le respect des minorités, la laïcité, la non-discrimination etc… ************ Lorsque, le 9 mai 1950, le ministre des affaires étrangères français, Robert Schuman, rend publique, dans son discours du salon de l'horloge au Quai d'Orsay, l'idée de Jean Monnet d'unifier les productions de charbon et d'acier sous une Haute Autorité supranationale en mutualisant les ressources nécessaires à l’armement, il vise à empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne. Pour l'Allemagne de l'Ouest, dirigée par Konrad Adenauer, c'est l'opportunité de s'ancrer dans le camp occidental au début de la guerre froide. Que de chemin parcouru depuis. Nous devons être fiers de cette réalisation. Mais beaucoup reste à faire. Autrefois, le monde réglait ses désordres par des guerres militaires mondiales. Aujourd’hui, nous assistons à une guerre économique et sociale planétaire. Au lieu d’avoir des morts, nous avons des chômeurs et, finalement, plus personne ne sait qui est l’ennemi. C’est une bonne nouvelle que de voir les Peuples se combattre avec des bulletins de vote plutôt qu’avec des fusils. Mais ne nous y trompons pas : la planète se complexifie et va vite. Personne ne nous fera de cadeau. Si nous ne nous organisons pas, ce sont d’autres régions du monde qui nous imposeront leurs valeurs. C’est la raison pour laquelle nous, les Européens, devons nous organiser, nous protéger et agir en utilisant nos instruments communautaires pour préparer le grand rendez-vous de l’organisation de la gouvernance planétaire. L’Union européenne est la seule organisation internationale à disposer d’une dimension parlementaire démocratique. Utilisons-la pour porter la voix des citoyens, et nous, citoyens, soyons attentifs à ces évolutions qui conditionnent notre quotidien et l’avenir des générations futures. « Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et nos petits-enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant. Pour leur laisser une planète fréquentable, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir, de comprendre d’où il vient et comment agir sur lui ». explique Jacques Attali dans son livre : « Une brève histoire de l’avenir ». L’enjeu des prochaines élections européennes est là : associer les citoyens aux défis planétaires qui sont devant nous et je relis avec intérêt une phrase que Jacques Chirac, dans son livre « OUI à l’Europe », écrivait en 1984 en conclusion du chapitre sur l’humanisme européen : « Je dirais volontiers en paraphrasant Malraux, qu’il faut tenter de faire prendre conscience aux Européens de la grandeur qu’ils ignorent en eux. » Oui, regardons l’avenir avec confiance et grandeur mais aussi avec lucidité et humilité. Député européen 9 mai 2009 | |
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